« Attendre que les regards se détournent. Attendre d’avoir complètement disparu et à ce moment là bouger, s’en aller. Et tenir.
Il me semble avoir été nourri à la honte. »

 

Trois sociologues entreprennent un voyage d’études en Afrique de l’Ouest pour étudier les impacts des programmes humanitaires.  Entre rapports de pouvoir, jeux de dominations et combats d’idées, les alliances se nouent et se dénouent. Chaque personnage plonge dans son intériorité, dans le flux de sa pensée, dans les souvenirs traumatiques de l’enfance. Chacun touche les ressorts de sa honte et essaie de nommer, pour soi-même, sa blessure.

Trois hontes qui se cachent, qui ne se disent pas face à l’autre. Trois hontes qui se dissimulent derrière des constructions, derrière des boucliers. Trois personnages pour trois hontes distinctes :
Paul D, et la honte de ne pas être à la hauteur.
Laura L, et la honte d’être.
Doris M, et la honte sociale de ses origines.

A l'origine de la pièce

La honte est, par nature, un sentiment dont on ne parle pas. Vincent Dussart, metteur en scène et directeur artistique de la Compagnie de l’Arcade, souhaite créer en 2018 un spectacle autour du sentiment de la honte, sentiment intimement lié avec ses recherches sur les failles dans la construction de l’individu et sur la question de la reconnaissance. En 2017, il engage une collaboration avec l’autrice Alexandra Badea, autour de 2 projets : il crée son texte Pulvérisés (Grand Prix du CNT) en novembre 2017 et lui passe commande pour un texte autour de la thématique de la honte qui sera créé en automne 2018. Alexandra Badea écrit Je ne marcherai plus dans les traces de tes pas. Le projet a reçu le soutien de la Fédération d’Associations de Théâtre Populaire pour la saison 18-19.

Dispositif scènique

dessins Traces page 2La scénographie de ce projet se propose de mettre les trois protagonistes dans une boîte étirée, un couloir étrange dont on pourrait voir l’intérieur depuis l’extérieur.Un espace lisse mais malcommode, s’inscrivant de guingois sur le plateau et qui, s’il offre une surface de jeu et des possibilités de déplacement, est manifestement inhabitable. Un endroit pour passer, dont on ne saurait comment on y est rentré ni comment en sortir. Le traitement chorégraphique viendra renforcer cette sensation d’enfermement, et ce risque d’effondrement généré par la honte.

Incubateur artistique

De janvier à décembre 2017, l’année est consacrée à des recherches et expérimentations autour du sentiment de honte. La Compagnie de l’Arcade a fait le choix de réunir des artistes de plusieurs disciplines (littérature, théâtre, danse) nourris par des collaborations avec des scientifiques (Sciences politiques et sociales, sciences de la Vie et de la Santé). L’objectif de ces collaborations et de ce travail de recherche est de traduire les sensations liées au sentiment de honte dans l’écriture du spectacle.

Un incubateur artistique est mis en place, en partenariat avec Le Mail scène culturelle et L’Université Lille 2 droit et santé, et en collaboration avec des chercheurs, afin d’étudier ce sentiment, de prendre la mesure de toutes ces acceptions et impacts. Ce travail de recherche vient nourrir l’écriture du spectacle: texte, scénographie, mise en scène, mise en espace, corps, art numérique…

Cet incubateur artistique réunit : Alexandra Badea, autrice; Vincent Dussart, metteur en scène; France Hervé, chorégraphe;
Frédéric Cheli, scénographe, vidéaste; Roman Bestion, musicien compositeur électronique; Professeur Régis Bordet, vice-président de l’Université Lille 2 et son équipe de recherche

 

Teaser Je ne marcherai plus dans les traces de tes pas 

 

Boris Cyrulnik – conférence « le théâtre intime de la honte »
Extrait

6. DORIS M
Moi aussi ça me gêne ce rapport qu’ils ont avec ces femmes. Comment ils les regardent…Comment ils leurs sourient…Ce rapport condescendent, supérieur, salvateur.

PAUL D
C’est bizarre, j’ai rien vu de tout ça.

DORIS M
Ça vient peut-être de nous…En tant que femme, ces choses-là parfois t’as tendance à les voir partout.

PAUL D
Mais ne t’excuse pas. C’est pour ça que je vous ai choisies pour ce projet. Votre regard de femme m’intéresse beaucoup.

LAURA L
J’espère que ce n’est pas que ça…

PAUL D
Quoi donc?

LAURA L
Qu’on ne s’est pas retrouvées dans ce projet parce qu’on est femmes. Qu’on est là surtout parce qu’on est compétentes.

PAUL D
Mais bien sûr Laura…Bien sûr…

LAURA L
Moi je ne sais pas ce que c’est un regard de femme. Je regarde tout ça en tant que sociologue.