« Ma vie est votre bien, vous pouvez le reprendre,… »

Itinéraires croisés d’Iphigénie, Andromaque, Phèdre, Aggripine, Hermione… autant de femmes exilées, abandonnées, et stupéfiées par leurs peurs.
Monter une pièce de Racine aujourd’hui, ce n’est nullement faire une reconstitution historique, c’est participer à notre propre histoire en confrontant Racine à notre langage. Or la langue de Racine n’est pas sans lien avec la psychanalyse. Car enfin, ce qu’expriment Phèdre, Hermione, et tout héros racinien, ce n’est pas le désir, c’est l’aliénation. L’amour est plus une épreuve de fascination qu’un ravissement.

Iphigénie, toute dépendante du regard de son père, accepte la mort qu’il lui prépare ; Andromaque, assujettie au souvenir de son époux, choisit de sacrifier son enfant ; Phèdre, n’existant plus par le regard de son mari absent, s’émeut pour Hyppolite ; Aggripine ne voit en son fils Néron que le symbole du pouvoir qui lui échappe ; et Hermione, rejetée par Pyrrhusperd sa propre identité et erre, hors d’elle.

Le conflit est fondamental chez Racine, on le trouve dans toutes ses tragédies. Mais ce n’est pas un conflit amoureux. Le rapport essentiel est un rapport d’autorité, l’amour ne sert qu’à le révéler.

Extrait

Mon père,
Cessez de vous troublez, vous n’êtes point trahi
Quand vous commanderez, vous serez obéi.
Ma vie est votre bien, vous pouvez le reprendre,
Vos ordres sans détour pouvaient se faire entendre.
[…]
Et respectant le coup par vous-même ordonné,
Vous rendre tout le sang que vous m’avez donné.
Iphigénie – Acte IV, Scène IV.